Témoignage de deuil, par Tatiana
Tatiana a accepté de répondre à nos questions sur son histoire de deuil, et nous l’en remercions grandement! Son témoignage est inspirant. Partage-nous la tienne en nous écrivant en MP sur notre compte Instagram @ressort.eu
Place au témoignage de deuil de Tatiana!
1. Quel deuil vis-tu aujourd’hui et comment te sens-tu en cette fin d’été 2026?
Aujourd’hui, cela fait presque 17 mois que Nicolas est parti. La notion du temps dans le deuil a un peu changé pour moi. Je me sens vivante, je me sens apaisée, même si j’ai encore des moments extrêmement difficiles où il me manque, où je m’aperçois qu’il n’est pas à mes côtés physiquement, où je ressens de la tristesse.
Je sens que je peux aujourd’hui faire cohabiter ces deux sentiments : une grande tristesse et, parfois, la joie et l’apaisement, avec la douleur de son absence.
2. Quels sont les choses ou les souvenirs qui t’apportent le plus de réconfort en pensant à ton proche parti trop tôt?
J’ai tellement de souvenirs de nous deux que ce serait difficile d’en choisir. Mais dans tout ce que je fais, Nicolas est là.
Je me suis acheté un vélo. Nicolas aimait le vélo et il m’a fait redécouvrir une activité qui appartenait à mon enfance et qui était loin de ma vie adulte.

Il adorait aussi la mer, où s’est produit son accident. Pendant quelques mois, je cherchais un coupable pour son décès et, bien sûr, la mer en faisait partie. Mais je me sens aujourd’hui réconciliée avec elle, car elle était pour lui comme une deuxième maison. Il l’aimait profondément.

J’ai aussi des souvenirs de choses très banales, du quotidien : la sieste d’un samedi après-midi, quand il me faisait le café après le déjeuner, les podcasts qu’il écoutait quand il faisait la vaisselle.
Mais au-delà de tous ces souvenirs, ce qui reste peut-être le plus fortement en moi, c’est sa manière d’être au monde. Son sourire, sa soif de vie, sa joie… Tout cela, bien que présent dans toutes les choses que nous partagions, reste inoubliable et me pousse toujours plus à la vie.
3. Y-a-t-il des personnes, des activités ou des pratiques qui t’ont particulièrement aidé à traverser cette période?
Ah oui, énormément de personnes. Ma famille, quelques bons et vrais amis, même si, parfois, ils ont été maladroits.
Vous m’avez beaucoup aidée aussi. C’était comme retrouver des âmes sœurs de douleur. Ce n’était pas toujours facile de lire les témoignages d’inconnus, mais c’était aussi comme retrouver la possibilité d’être comprise, écoutée, de vraiment partager des ressentis, des expériences et une douleur commune.. Même si ma famille était là, rencontrer des gens qui ont eux-mêmes traversé le deuil n’est pas pareil : on se sent moins seul, moins abandonné.
Des morts m’ont aidée aussi. Par là, je veux dire Nicolas, avec sa présence-absence, en pensée et dans mes actes, mais aussi les livres et les auteurs qui m’ont servi de compagnons de route et m’ont, en quelque sorte, guidée.
Tellement de choses m’ont aidée : la méditation, que j’ai apprise pendant cette première année, la prière, comme une conversation avec quelque chose de plus grand que moi, et surtout l’écriture.
J’écris chaque jour, et parfois presque à chaque moment. J’ai été tourmentée les premiers mois. Je me suis sentie coupable de ne pas avoir été là au moment où son accident s’est produit, et écrire m’a aidée à parcourir d’un bout à l’autre une grande partie de ce qui habitait mon cœur.
Je le fais toujours. Tout est un peu désordonné dans mon journal intime, mais dans sa brutalité, j’arrive à y déverser un trop-plein de tout : mon désespoir, mon amour, mes regrets, mon manque, mes failles et mes découvertes.
J’ai aussi décidé d’écrire un blog, où je raconte mon deuil, le chemin que j’ai parcouru et que je continue à traverser. Pas comme un journal intime, mais à travers des passages importants de ma vie de deuil, et aussi de ma vie telle qu’elle est maintenant.
Enfin, mon psy m’accompagne depuis bien avant que tout cela se produise. J’ai toujours considéré comme important d’avoir un espace de liberté de parole, et il m’a beaucoup aidée. Et, bien sûr, dans mes prières, j’ai aussi trouvé une forme de liberté encore plus grande.
4. Y-a-t-il des moments particuliers où tu sens encore la présence ou l’influence de la personne dans ta vie quotidienne?
Je crois avoir déjà répondu en partie à cette question. Nicolas est tout le temps avec moi et en moi.
Je lui parlais beaucoup au début. Maintenant, nous maintenons plutôt un dialogue intérieur. Comme disent les gens : « Je l’ai dans mon cœur. » Chose horrible à entendre au début du deuil, c’est devenu pour moi une vérité que je vis quotidiennement.

Parfois, quand j’écris, quand j’hésite, quand je prends une décision, Nicolas est là. Il y participe. Je dirais même que je vis pour deux maintenant, pour lui et pour moi.
Quand je sentais que je m’abandonnais un peu au départ, c’était toujours lui qui me poussait à aller de l’avant, jusque dans les choses les plus simples : manger, m’habiller, me doucher…
Avec les mois qui s’écoulaient, cela s’est fait petit à petit en moi. J’ai commencé à regarder la beauté, la vie, et je crois qu’une partie de ce regard qui s’est ouvert au monde vient aussi de lui, de son regard sur la vie.
Nicolas regardait le monde un peu comme un enfant. Pas toujours, bien sûr, mais la plupart du temps, il s’émerveillait. Et je me sens comme son héritière.
Chaque fois que je témoigne de la beauté de cette vie, je suis son héritière, et lui en est aussi le témoin.
5. Comment la perte que tu as vécue a-t-elle influencé ta vision de la vie ou de tes relations?
Tout a changé. Tout a été chamboulé dans ma vie en deux heures. J’ai perdu mon mari, l’amour de ma vie, mais aussi mes repères, ma maison : la vie comme je la connaissais et la vivais n’existait plus.
Cette première année de deuil a été une année de recueillement et de remise en question sur tout : ma vie, mes choix, mes relations, ma relation à moi-même, ma vie amoureuse avec et sans lui.
J’ai découvert des horizons différents qui m’ont « sauvée ». J’ai été obligée de repenser à ce qui est essentiel dans ma vie, dans mon rapport au monde et aux autres.
Aujourd’hui, je ne peux plus rester à la surface des choses et des relations. J’ai besoin de vraies rencontres. Je commence à m’écarter de tout ce que je considère comme trop pesant ou trop superficiel, des efforts que je faisais et qui ne me correspondaient pas vraiment, que je faisais juste pour plaire, par protocole ou par contrainte.
C’est encore un exercice quotidien. Je cherche surtout une vraie connexion au monde et aux gens. Plus que jamais, je me dis que le temps est précieux. Comme l’écrit Joan Didion dans L’Année de la pensée magique : « La vie change dans l’instant, l’instant ordinaire.»
Je porte désormais en moi la soif de vie de Nicolas et la mienne réunies, et ce n’est pas rien.
Mon blog: https://substack.com/@jetemoignedemondeuil
Merci beaucoup Tatiana pour ce témoignage
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