Partage d’histoire de deuil, par Maéva
Maéva a accepté de répondre à nos questions sur son histoire de deuil, et nous l’en remercions grandement! Son histoire est émouvante. Partage-nous la tienne en nous écrivant en MP sur notre compte Instagram @ressort.eu.
Place au partage d’histoire de deuil de Maéva!
1. Quel deuil vis-tu aujourd’hui et comment te sens-tu en ce printemps 2026?
Le deuil de mon papa
Il y a deux ans, j’ai perdu mon papa, Alain, d’un cancer. Après plusieurs semaines à l’hôpital avec ma maman, ma soeur et mon frère, il était important pour nous d’être présents pour lui, de vivre ces derniers instants tous ensemble. J’estime avoir eu beaucoup de chance d’avoir pu choisir les derniers mots que je voulais lui partager avant son dernier voyage. Bizarrement, je garde de ces moments de beaux souvenirs de cohésion et d’amour, comme si le temps s’était arrêté un instant.
Avoir tenu sa main jusqu’à sa dernière respiration est l’une de mes plus grandes fiertés. Comme un signe de transmission, un passage de relais, comme une manière de lui dire « je vais rester forte, comme tu l’as été, jusqu’au bout ».

Les deuils associés
Il est très douloureux de faire le deuil de son papa et des souvenirs que nous avons ensemble, mais pour avoir vécu cette épreuve à seulement 24 ans, il a été encore plus difficile de faire le deuil de chaque moment de ma vie que je ne partagerai pas avec lui. Je pense que c’est ce qui, aujourd’hui, est encore le plus compliqué pour moi.
Deux ans plus tard, il me manque toujours autant. Comme une petite fille qui a perdu un de ses repères pour avancer dans ce monde.
Aujourd’hui
Mais aujourd’hui, à l’aube de ce printemps 2026, je me sens fière de moi. Tout n’est pas parfait, mais c’est justement car je l’accepte, que je me sens fière. J’ai compris que faire de cette épreuve une force ne veut pas forcément dire ne jamais faiblir. En l’espace de deux ans, je n’ai jamais autant appris sur moi, sur mes capacités à me dépasser et sur ma volonté de vivre ma vie.
On ne choisit pas toujours ce qu’on traverse. Mais on peut choisir ce qu’on en fait.
2. Quels sont les choses ou les souvenirs qui t’apportent le plus de réconfort en pensant à ton proche parti trop tôt?
Ma dernière discussion en tête à tête avec mon papa à l’hôpital reste l’un des souvenirs qui m’apporte le plus de réconfort. Nous avons échangé des mots importants, que j’avais besoin d’entendre depuis de nombreuses années. Et j’ai aussi pu lui dire combien je l’aimais. Nous sommes une famille dans laquelle parler de nos sentiments n’est pas naturel, alors ce moment était fort et réconfortant.
Et puis, il y a les souvenirs de moments partagés durant mon enfance, des moments en famille durant lesquels nous étions loin d’imaginer ce qui allait arriver. Il n’y a pas un souvenir qui m’apporte particulièrement du réconfort mais plus des images de la vie quotidienne, des moments simples, à notre image. Je me revois faire du basket sur la terrasse pendant qu’il jardinait, ou encore regarder le Tour de France ensemble chaque été. Je trouve ce réconfort dans ces choses qui, autrefois, me paraissaient anodines mais qui aujourd’hui ont une valeur immense.
3. Y-a-t-il des personnes, des activités ou des pratiques qui t’ont particulièrement aidé à traverser cette période?
L’entourage
Nous avons vécu cette épreuve en famille et chaque personne, à sa façon, m’a beaucoup apporté. Je pense aussi à mon conjoint qui m’a permis de vivre mon deuil comme je le ressentais, tout en étant présent quand j’en avais besoin. Je n’oublie pas mes amis proches qui ont été là quand j’avais envie de parler, mais aussi quand je préférais faire comme si de rien n’était.
J’ai beaucoup de chance de faire mon deuil entourée comme je le suis, mais j’ai aussi très rapidement voulu vivre cette période pleinement avec moi-même. Je crois que j’avais besoin de me prouver que je pouvais rebondir par mes propres moyens pour en ressortir grandie.
Le travail
J’ai repris très rapidement le travail après le décès de mon papa. Je n’étais pas dans le déni mais je voulais me rappeler que ma vie continuait, qu’elle ne s’était pas arrêtée avec son dernier battement de cœur. Ça m’a beaucoup aidé à traverser les premiers mois de mon deuil. Mais cela a eu ses limites et j’ai dû trouver d’autres solutions pour avancer. Deux activités m’ont particulièrement aidé.
Le sport
Tout d’abord le sport et plus particulièrement la course à pied. Je voulais me lancer un défi, qui certes serait compliqué, peut-être douloureux mais que j’aurais cette fois-ci choisi de vivre. Je me suis donc inscrite, pour la première fois sur cette distance, à l’un des semi-marathons les plus difficiles de France. Cela m’a permis d’extérioriser une douleur pour laquelle je n’avais pas les mots, de me rappeler de profiter du chemin avant même de passer la ligne d’arrivée, et de partager 21km avec moi-même tout en sachant que mon papa serait avec moi dans chacun de mes pas.

Je pourrais parler pendant des heures de ce que le sport m’apporte au quotidien et dans ma manière de vivre ce deuil.
L’écriture
Et ensuite il y a eu l’écriture. On m’avait partagé que cela pouvait aider d’écrire dans un carnet ce qu’on ressentait quotidiennement. Ça a été un vrai déclic pour moi. Cela m’aide à prendre le temps de choisir les bons mots pour identifier ce qui me traverse, à vider ma tête pour n’y garder que ce que je souhaite, mais aussi à garder une trace de ce que j’ai vécu pour voir le chemin parcouru. C’est cet exercice d’écriture qui m’a donné l’idée d’écrire mon propre livre sur mon histoire, et sur comment je traverse cette épreuve.

4. Y-a-t-il des moments particuliers où tu sens encore la présence ou l’influence de la personne dans ta vie quotidienne?
Je suis la personne que je suis aujourd’hui en partie grâce à lui car, il s’agit de mon papa. Alors oui, son influence est présente dans ma vie quotidienne. Il m’a par exemple transmis l’importance du travail bien fait, le fait de vouloir faire toujours mieux que la fois précédente et bien évidemment tout ce qui a fait mon éducation.
Mais finalement, aujourd’hui, je ressens encore plus sa présence quand je prends du temps pour moi, quand je profite de la vie, des choses simples qui le caractérisaient. J’ai par exemple commencé à pratiquer le cyclisme qui était sa passion. Je suis encore dans cette phase où je cherche sa présence, je reste attentive aux signes qui m’entourent car je veux croire au fait qu’il continue de me regarder grandir.

L’écriture de mon livre me permet également de ressentir sa présence car c’est une manière pour moi de laisser une trace de son combat face à la maladie. Ce projet, je le porte aussi pour lui.
5. Comment la perte que tu as vécue a-t-elle influencé ta vision de la vie ou de tes relations?
Vision de la vie
La perte de mon papa a énormément influencé ma vision de la vie. Je pense que cela est normal après une telle perte à seulement 24 ans, mais je crois aussi qu’il s’agit d’un choix. J’ai très rapidement voulu faire de cette épreuve une force pour le reste de ma vie. Je voulais réussir à en retirer du positif.
Aujourd’hui, j’ai bien évidemment à cœur de profiter de la vie mais surtout de vivre la mienne : pas celle qu’on cherche à nous donner, mais celle qui nous fait vibrer et qui est alignée avec ce que nous sommes.
Reste à savoir qui nous sommes. Et vivre la perte de mon papa à cet âge a bousculé beaucoup de mes croyances personnelles. J’ai dû apprendre à me connaître, vraiment, et décider quelle trace moi je voulais laisser à ce monde.
Je vois vraiment la perte de mon papa comme une force, car après avoir rebondi face à une telle épreuve, les petits soucis de la vie quotidienne me paraissent tellement peu importants. Cela m’a permis de prendre confiance en moi et en ma capacité à relever les défis les plus difficiles.
La valeur des mots
Pour finir, cela m’a permis plus que jamais de me rendre compte de la valeur des mots. Je n’attendrai plus un dernier au revoir sur un lit d’hôpital pour dire à quelqu’un que je l’aime ou que je suis fière de lui. J’ai eu la chance d’avoir cette dernière discussion avec mon papa, je ne l’aurais peut-être pas dans le futur avec d’autres proches alors il est inimaginable pour moi de refaire l’erreur d’attendre « le bon moment ».
La perte de mon papa a été un vrai point de bascule dans ma vie et j’ai à cœur, aujourd’hui, d’aider les personnes qui peuvent se reconnaître dans mon histoire. Il est temps de libérer la parole sur le deuil car il nous concerne tous, un jour ou l’autre.
Merci beaucoup Maéva pour ce témoignage
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